Du désespoir à la joie

Ca y est, je suis rodé, c'est devenu une routine: je me lève 2 minutes avant que le réveil ne sonne, à 2h. Tartines, bol de lait, habillage, bouclage du sac ... départ du parking du Gouet à 3h30. J'arrive très tôt au lac de Pormenaz, il fait encore nuit. C'est bien, je vais avoir le temps de me préparer calmement: enfiler le surpantalon, vérifier les réglages de l'appareil ... Lentement l'obscurité s'estompe, la nuit s'éclaircit, mais pas le ciel, qui reste obstinément, complètement bouché: la couverture nuageuse s'étend d'un horizon à l'autre. L'obscurité devient grisaille ! Dans ma tête c'est Waterloo morne plaine ! Je regarde ma montre, il n'est pas 6h. 1h pour rejoindre la voiture, je peux être à 7h30 à l'appartement, une douche rapide ... si je ne traine pas trop je peux pointer à 8h00 comme d'habitude, à condition de partir tout de suite. Je m'imagine au boulot, après un réveil à 2h, une petite rando ... le matin ça ira sûrement. Mais l'après midi ... ce sera la guerre pour garder les yeux ouverts. Et à 17h, hop au lit jusqu'au lendemain matin ! Aller tant pis, je reste ! En montagne le temps peut changer très vite, dans un sens comme dans l'autre. Avec un peu de chance, le soleil finira bien par percer.

La luminosité est maintenant suffisante pour pouvoir marcher sans la frontale et ne pas passer à côté d'un chamois sans le voir ! Je prends l'appareil photo et laisse le sac près du lac, à l'écart du sentier. Je me dirige vers la zone de petites bosses recouvertes de myrtilliers, bordée par le torrent et quelques replats très humides. Je n'ai pas fait 20 mètres lorsque j'entends des gouttes crépiter sur les roches polies par les glaciers des temps anciens. Cette fois c'est Alésia, Azincourt et la Bérézina en même temps ! Demi-tour gauche, je retourne au sac. Je sors le poncho-cape de pluie, le jette sur mes épaules, et m'assois, mi-stoïque, mi-résigné, mi-révolté, mi-désespéré. Une sombre idée me traverse l'esprit ... j'imagine les gros titres dans le Dauphiné: Un photographe maudit disparaît dans le lac de Pormenaz, seul son poncho flottait à la surface des eaux noires ! Mais je le sais depuis longtemps déjà: la montagne enseigne la patience, qui est une vertu si dépréciée aujourd'hui. Il suffit d'attendre ... et la pluie s'en va comme elle était venue.

Je couvre le sac à dos avec le poncho et je repars en chasse. Je fais attention à marcher dans le creux des reliefs, sans faire de bruit, tout doucement, très lentement. A chaque pas, je regarde à droite, à gauche, en arrière.

Le chamois est bien là, en rive gauche du torrent qui nous sépare. S'il n'avait pas bougé je ne l'aurais probablement pas vu, ou pas tout de suite ... peut-être m'aurait-il vu avant que je le vois. Je m'accroupis. Première photo à 6h37. Il doit être à 50 ou 60 m. Il fait sombre. 1/1000ème de secondes, f/5.6, 5000 iso. Je diminue un peu la vitesse mais la sensibilité reste élevée. Je ferme un peu le diaphragme pour tenter de gagner un peu de piqué. Il semble entendre le claquement du déclencheur malgré le bruit du torrent qui coule entre lui et moi, mais cela ne l'effraie pas. Le vent souffle dans le bon sens, il ne me sent pas. Je m'applique à ne pas bouger ou très lentement. Il reste quelques minutes sans trop bouger, puis se met à brouter, il descend un peu dans la gorge, saute quelques rochers puis finit par se coucher dans l'herbe sur une petite terrasse qui domine la rivière. Je vois alors un deuxième chamois qui se tient dans les myrtilliers et me regarde. Sans doute la mère qui veille à distance sur son jeune (Peut-être un éterlou de 3 ans ?). Elle me toise un long moment. Elle est certainement beaucoup plus méfiante que le jeune éterlou. Aussi je reste sans bouger jusqu'à ce qu'elle se sente en confiance et s'avance tranquillement. Elle déguste quelques fleurs, à 20 ou 30 mètres du jeune qui s'est remis à brouter.

Une heure déjà que je les observe en accumulant quelques dizaines de photos, assis dans l'herbe trempée, immobile, je suis transi de froid. J'observe le soleil qui progresse lentement sur le versant opposé. A 7h50, ça y est, le soleil est là: je ferme à f/8 et augmente la vitesse à 1/800 de secondes. Un oeil dans le viseur, je perçois un mouvement sous mes pieds (je suis assis sur une bosse qui domine un replat). C'est un renard qui se faufile entre les myrtilliers. Le claquement du déclencheur le stoppe dans sa course. Il me fixe 2 petites secondes et s'enfuit au grand galop. Il avait quelque chose dans la gueule. Sans doute va-t-il nourrir ses petits. J'ai aussi remarqué que sa queue était complètement dénudée. Peut-être une maladie (gale ?).

J'abrège cette séquence animalière pour remonter au lac tenter quelques photos au grand angle, malgré les nuages qui enveloppent la falaise des Fiz.

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