A l'aventure sur le fil de l'arête entre le Buet et Plaine-Joux

C'est un vieux projet qui traînait dans nos cartons depuis bien longtemps. Les indications et les photos laissées l'an dernier sur C2C par Duo et Chirvette nous ont encouragés: l'itinéraire est plutôt bien balisé, et puis sur une arête, on ne risque pas de se perdre !!

Ca commence dès le vendredi soir: Véronique et moi montons à Plaine Joux où nous laissons la clio, au bout de la route goudronnée. Puis nous accueillons la famille Soum (Seb et Delphine, Stéphanie, et le neveu Maxime): pasta per tutti !

Samedi: réveil à 6h, petit-déjeuner copieux, départ à pied à 6h50 pour rejoindre la gare de Chedde où nous prenons le train de 7h12. 8h26: nous voilà à pied d'oeuvre au hameau du Buet, altitude 1330 m. Nous traversons rapidement le Couteray pour entrer dans la forêt. Les filles et Maxime (20 ans) impriment un rythme "juste rapide", le pas est souple, élastique, les sacs sont légers.

Pendant la préparation Seb avait dit "on en aura pour une douzaine d'heures". Douze heures, c'est bien l'horaire indiqué par Duo et Chirvette, qui étaient partis de Servoz, soit 400 m plus bas que Plaine-Joux. Notre itinéraire sera un peu plus court.

Seb et moi tentons de freiner un peu nos trois locomotives, notamment en multipliant les pauses photos. A 11h45 nous sommes au col des Corbeaux à 2600 m. En 3h15 nous avons gravi 1300 m et parcouru 8 km.

Mais à partir du col des Corbeaux, le terrain change de nature: le bon sentier, bien roulant, devient une sente, en dévers, sur un sol qui devient schisteux, un peu glissant. Je suis prêt à parier ma prochaine journée de récupe que Seb a du se mordre la langue pour ne pas dire à Delphine "Faut pas y craindre !!". Pour passer du col des Corbeaux (2602 m) au col du Vieux (2572 m), il faut contourner la Pointe à Corbeaux par une sente très légèrement descendante sur 800 m de distance environ. Delphine y laisse un peu d'influx, tandis que je profite de la baisse de rythme pour récupérer un peu et m'hydrater.

Après le col du Vieux nous récupérons un bon sentier qui monte d'Emosson. A Moutiers, nous avions le Cheval Noir (en Lauzière), ici c'est le Cheval Blanc ! Le sentier se redresse sévèrement, le rythme fléchit, les cuisses chauffent. Sur les derniers mètres, les premiers câbles de la journée font leur apparition, pour sécuriser quelques pas dans du rocher bien raide. A 12h40 nous sommes au sommet, à 2820 m. La face Est et l'arête Nord du Buet sont là devant nous. Dix minutes de pause pour avaler un sandwich et équiper les moins confiants d'entre nous d'un baudrier et d'une longe, et nous repartons d'un bon pas sur l'arête large et débonnaire qui conduit au col du Genévrier. Nous contournons la Pointe du Genévrier par une petite pente enneigée suivie d'un nouveau dévers schisteux qui me vrille les genoux !! A 13h45 nous sommes sur la crête de la Montagne des Eves, au pied du ressaut de l'arête Nord du Buet, heureusement fort bien équipée de câbles qui facilitent énormément l'ascension. Nous arrivons au cairn qui marque la fin des difficultés vers 14h05. Mais le sommet n'est pas tout près: il reste encore trois longues lignes droites, en pente douce mais un peu enneigées, avant de pouvoir s'asseoir et se restaurer en admirant la vue. Arrivée au sommet du Buet à 14h30, soit 6h d'ascension depuis la gare du Buet.

La descente démarre comme s'était terminée l'ascension: en pente douce et dans la neige, idéal pour réchauffer et ré-assouplir progressivement muscles et articulations. Après l'abri de Pictet, la pente s'accentue et la neige disparaît, le sentier devient sente mais les marques de peinture bleue, bien visibles, permettent aux filles et à Maxime de foncer en avant de Seb et moi qui profitons du paysage. Arrivés au Grenier de Villy, ils nous attendent ! Les choses se corsent, on arrive dans du terrain à chamois. Heureusement, là aussi, des câbles permettent de franchir un passage qui sans cela serait potentiellement périlleux. Une fois cette difficulté franchie, pendant que j'attends mon compère qui peaufine le cadrage de ses photos, nos trois fonceurs enquillent la sente qui part dans le versant nord, et descendent trop bas. Ils s'engagent sur le sentier qui descend jusqu'aux chalets des Fonts via le pont des Mitaines. Seb et moi les rejoignons vers 2610 m d'altitude, à un endroit où le sentier part clairement à droite, alors que "notre" arête est déjà sur notre gauche, à un peu moins de 100 m. Je cherche une solution pour rejoindre l'arête: il faut traverser un éboulis sur 50-60 m, en utilisant les "traces" laissées dans les cailloux par les bouquetins et les chamois. J'ai l'habitude de ce genre de terrain, et j'ai mes bâtons, pour moi ça passe bien, mais les filles, qui n'ont pas pris de bâtons, font une drôle de tête ! Je rejoins l'arête (que nous n'aurions pas dû quitter) et observe la suite: une pente d'herbe raide, et exposée. Pour moi ça ira, mais pour la famille Soum, ce pourrait bien être la goutte d'eau en trop !! Je leur crie de continuer sur la droite, de descendre par la sente jusqu'au torrent, de le traverser, et de remonter ensuite sur la gauche une centaine de mètres de D+ pour rejoindre l'arête au col des Chaux. Cet itinéraire serait moins direct que le mien mais en suivant la sente ils iraient bien plus vite que moi qui vais devoir trouver un passage dans ce qui ressemble à une petite barre. J'entame donc ma descente confiant, à la fois pour mes camarades qui n'ont qu'à suivre la sente, et pour moi qui ai un brin de corde de 20 m dans le sac. Finalement, je trouve facilement un passage relativement aisé qui me permet d'atterrir dans un éboulis pas trop raide et de rejoindre un gros cairn. Deux bouquetins me regardent passer. Puis c'est une pente d'herbe facile jusqu'à la cabane du col des Chaux. Je scrute la pente où devraient se trouver les amis ... rien. Je m'en doutais: ils ont improvisé ! Je profite de leur retard pour m'asseoir un moment, manger mon dernier morceau de fromage, avaler la dernière compote. Au bout d'un petit moment, j'aperçois quatre petits points qui bougent dans un éboulis en dévers. C'était bien la peine de "refuser" de me suivre là haut, pour se lancer dans le même genre de terrain 200 m plus bas !! Il commence à se faire tard, les filles repartent en tête d'un pas pressé mais il reste encore quelques bouts de rochers à contourner, heureusement très facilement par le versant Diosaz comme indiqué sur le topo. La cheminée de la Tête de Villy est avalée en quelques minutes, les doigts dans le nez (mais en restant vigilants sur les 4 pas du haut). Nous retrouvons un bon sentier, de l'herbe, une vue dégagée jusqu'au col d'Anterne ... je l'annonce: nous venons de passer la dernière difficulté, il ne reste que de la marche facile. C'est la délivrance, on se laisse aller: Maxime se couche, les bras en croix, les filles s'assoient ... Seb et moi profitons de la lumière du soir sur le Mt Blanc.

Il nous reste encore une dizaine de kilomètres pour rejoindre la voiture, il est 18h. Maxime ne lâche pas l'affaire, il repart en tête pour imprimer un bon rythme sur ce sentier très agréable sur un terrain souple, en faux plat descendant entrecoupé de quelques mini-bosses. Mais il finit par mettre la flèche et je prends le relais: la température fraichît un peu, les jambes fonctionnent bien, l'allure est bonne, tout le monde suit. Même l'éboulis sous la Tête de Moëde nous ralentit à peine. Nous croisons quelques bouquetins. Dans la descente sur le col d'Anterne, Seb ne tient plus, il lâche les chevaux et part en courant. Il veut prendre un peu d'avance pour enlever un gravillon dans sa chaussure !! 18h50, nous sommes au col. A partir de là, c'est l'équipée sauvage: Seb en a encore pas mal sous le pied: il court, Maxime et les filles trottinent, un peu comme ils peuvent, Delphine boite, j'ai encore du jus: j'assure une allure "correcte" dans les descentes et remets un peu les gaz sur les portions plates ou en faux plat montant. Un peu avant les chalets du Souay, dans un éclair de lucidité, Delphine souffle: "On se met dans un de ces états !". Arrivée à la voiture: 19h55.

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Je ne suis pas un photographe professionnel. J'ai un métier que j'exerce à temps complet. Je suis simplement un "photographe randonneur" passionné de montagne et de nature, la photographie est un loisir que je pratique pendant mon temps libre, en pur amateur. Photographier des animaux sauvages exige de passer beaucoup de temps sur le terrain.

 

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M. Cyril DESAGE

Chedde

223 avenue du Coteau

74190 Passy

 

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