Right place, right time !

Je retourne encore et toujours dans le même secteur. Ces 3 ou 4 km² sont d'une richesse inouïe. C'est un endroit où il est impossible de passer 2 heures sans voir au moins un animal.

Dès 7h30, alors que je suis au niveau des laouchets, un gypaète me survole et file en direction du sud. Ensuite, plus rien, ou presque: un chamois m'observe à bonne distance, depuis un des couloirs du versant Est. Je le revois un peu plus loin, alors qu'il se détache sur la crête, mais le temps de dégainer l'appareil photo et il a disparu. On dirait que les chamois sont devenus méfiants. Au collu 1889, je m'installe et sors les jumelles. Rien. Pas l'ombre d'un chamois. Là où douze jours avant j'en avais vu une dizaine.

Je commence à me dire que cette fois je suis venu pour rien. Je regarde ma montre, peut-être ai-je le temps de changer de coin ? J'hésite. Il fait bon, je suis au soleil, en terrasse. Peut-être les lagopèdes sont-ils revenus dans le versant Nord, avec la première neige ? C'est à quelques encablures à peine.

Soudain, il est là, juste sous mes pieds. Il pompe. C'est mon gypaète de 7h30, il a la même "encoche" caractéristique à l'aile droite. Il va monter le long de l'arête, droit sur moi, comme celui que j'avais vu le 12 octobre depuis la crête sommitale. Mais cette fois je suis magnifiquement bien placé, aux premières loges. C'est un jeune, plumage marron. Il semble porter un émetteur (ou bien une de ses plumes est cassée ?). Les photos s'enchaînent. Il arrive à ma hauteur. Soit il n'est pas du coin, soit il a mal retenu les consignes de l'office de tourisme: il ne passe qu'une seule fois devant le Mt Blanc, et à mach 2. Devant un photographe, ça ne se fait pas, M. le Gypaète !!!

Il est maintenant juste au-dessus de moi. Je photographie en étant couché sur le dos. La position n'est sûrement pas très académique, mais je fais comme je peux ! C'est fabuleux de voir un tel oiseau jouer avec le vent, les courants d'air, les ascendances ... il frôle la paroi en vol quasi-stationnaire puis repart dans une accélération fulgurante.

Au total la scène a duré 6 minutes. J'ai rarement été aussi heureux en montagne.

 

Et la journée n'est pas finie. En repartant je fais un crochet par le versant Nord. Si les lagopèdes sont là, ce sera un joli bonus. Dans la neige je trouve une petite plume grise, avec la petite doublure duveteuse à la base. Ils sont là c'est sûr. Mais vont-ils se montrer ?

Dans le secteur où je sais qu'ils habitent, je marche à pas de loup. Tout à coup je perçois un mouvement légèrement sur ma droite (à 3h environ). Vite à genoux. La petite boule blanche et grise est là, à une douzaine de mètres. Pas de gestes brusques. Prendre l'appareil en mains, ôter le capuchon, zoomer un peu, viser, vérifier les réglages, c'est dans la boîte. Je tente une approche "latérale", me planque derrière un rocher, avance en rampant ... l'angle est excellent. L'oiseau est à l'ombre, mais l'arrière plan est lumineux, j'ai hâte de voir le résultat.

 

Je descends avec le soleil qui par se cacher derrière les Aravis ... un beau paysage (Seb reconnaîtra la silhouette du Charvin) pour clore une journée somptueuse. 

 

A propos de la quatrième photo, qui présente un paysage splendide, je voudrais raconter cette petite anecdote: le 18 octobre dernier, j'étais assis, quelque part dans cette zone humide, assez loin du premier véritable sentier et à quelques centaines de mètres seulement de la réserve naturelle, j'observais les cerfs sur le versant d'en face (aux jumelles), lorsque j'ai remarqué des détritus sur le sol: une bouteille de Perrier vide et un papier d'emballage de chocos Prince de Lu. Je les ai bien sûr ramassés et mis dans mon sac à dos.

J'ai entendu hier sur France Inter, un propos tenu par Christian Moullec (l'homme qui vole avec les oies) et qui résume parfaitement mon état d'esprit: "La priorité serait de protéger les zones naturelles ou d'enseigner aux chasseurs à ne pas tirer les espèces protégées mais on s'est rendus compte qu'il était plus facile d'éduquer les oies à changer de zone d'hivernage que d'éduquer certaines personnes."

 

Emission "CO2 mon amour", samedi 01/11/2014, entre 14h et 15h, à 20'40.

 

Je tiens à préciser que selon moi ces "certaines personnes" ne sont pas nécessairement des chasseurs.

J'ai "stylisé" trois des photos du gypaète sur fond de ciel :

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Commentaires: 1
  • #1

    val (mercredi, 05 novembre 2014 09:10)

    Bonjour,
    Des journées comme ça en effet ce sont les meilleures. J'avoue en faire aussi des pas et des pas là haut pour ce genre de rencontres. Je n'ai pas encore rencontré ce gyp à l'encoche. La période des amours arrive chez eux et je pense qu'elle va nous apporter de beaux instants. Belles balades et bonne continuation au pays d'en haut.
    Ps : pour les détritus, ces certaines personnes sont souvent celles qui pensent être proche de la nature, si proche qu'elles s'y sentent comme dans leur poubelle!
    Val

Je ne suis pas un photographe professionnel. J'ai un métier que j'exerce à temps complet. Je suis simplement un "photographe randonneur" passionné de montagne et de nature, la photographie est un loisir que je pratique pendant mon temps libre, en pur amateur. Photographier des animaux sauvages exige de passer beaucoup de temps sur le terrain.

 

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