Le Saint Esprit ... avec des plumes !

Avant de partir en vacances, je suis allé faire un dernier petit tour en montagne, histoire de tenter de réussir un beau cliché de gypaète barbu.

Hé bien comme souvent en montagne et en photo animalière, ce fut une petite "comédie dramatique", une journée mi figue - mi raisin, décevante, même rageante parfois, puis généreuse et enthousiasmante cinq minutes après, bref une succession de malchance et de chance.

Quarante cinq minutes après avoir quitté le parking, je croise un petit oiseau perché sur un rocher, et qui ne veut pas s'enfuir alors que je suis à une dizaine de mètres de lui. Interloqué, je m'arête. L'arrière plan, lointain et en herbe bien verte, promet une jolie photo. Je suis tenté de sortir l'appareil du sac, mais je me méfie des petits passereaux, ils me font le coup à chaque fois: ils me regardent déballer mon sac, installer le pare-soleil, et sitôt que je pointe l'objectif dans leur direction, hop ! ils s'envolent. Donc j'hésite. Je marque une petite pause. Je le regarde. Je fais deux ou trois pas, sans réaction de sa part. Encore une pause. Réflexion: le ciel est encore assez nuageux, je me dis que j'ai le temps pour les gypaètes, même si je suis parti du col de la Colombière assez tard: à 7h00, soit 30 minutes de retard par rapport à ma dernière visite. Et voilà, je me laisse tenter, c'est parti pour une séance photo sur le bord du sentier. Temps "perdu" estimé entre 10 et quinze minutes au total. Pour l'identification: il s'agit peut-être d'un jeune de Monticole de Roche, mais je ne suis sûr de rien !
Je repars. Arrivé sur la ligne de crête, je tombe sur deux jeunes équipés d'une longue vue posée sur son trépied. Ils font un inventaire des bouquetins (sur le secteur de la Colombière, tous les bouquetins sont dûment étiquetés). Échange de bonjours, et ... "ho un gypaète !". Bon sang, je ne suis qu'à 5 minutes à peine de mon "poste d'observation" (50 m plus haut). Dix minutes perdues en bas, un gypa raté en haut. Dépit, début de petite colère.

Bon, je re-démarre. Je fais 50 m. Un deuxième gypaète passe, juste quelques mètres au-dessus de la ligne de crête. Si j'avais été installé, il m'aurait littéralement foncé dessus. Les photos auraient été extraordinaires. La moutarde me monte au nez. J'enrage. Il aurait suffit de DIX MINUTES !!! DEUX gypaètes manqués !!

Bon, je me pose, je m'installe et j'attends. Leur nid et leur gypaèton ne sont pas très loin dans mon dos, ils vont bien finir par revenir ! Je suis patient ! La matinée s'écoule doucement. Un papillon virevolte. C'est un machaon, le modèle XL des papillons. La ligne de crête est bien ventée aujourd'hui et les fleurs se font brasser dans tous les sens, le papillon se fait chahuter, le butinage est sportif ce matin ! Je me laisse distraire, je réalise quelques images. Des vautours fauves tournent au loin, l'un d'eux se pose sur une arête rocheuse, à 500 m de distance, trop loin pour une photo valable.

La matinée tire à sa fin et je n'ai mis en boîte qu'un passereau et un papillon. J'étais venu tirer le portrait d'un oiseau de 2,80 m d'envergure !! Je cogite. Que faire ? Rentrer tout de suite et revenir demain matin ? Il faut que je fasse de grosses courses, que je prépare toutes mes affaires ...Véronique ne semblait pas super contente que j'aille en montagne aujourd'hui ... si je lui dis que j'y retourne demain matin ... je risque des représailles ! Allez, je reste, je mise tout sur aujourd'hui, Banco !

11 h 38: un gypaète repasse en sens inverse, assez haut, un ciel laiteux en arrière plan. On est loin de la photo du mois !

12 h 30: je décide de me déplacer et de me rapprocher d'une falaise où j'ai le sentiment qu'il doit se passer des choses. Je me demande pourquoi je n'y ai pas pensé plus tôt. Je n'irai pas jusqu'à dire que je suis con, mais ... bon.

Distance du point A au point B: 450 m, 50 m à descendre, 50 m à monter. je range tout le matériel dans le sac. Devinez qui pointe sa barbiche alors que je suis à mi-chemin ?? El Gypa !! Et hop là, encore un loupé !! Je pense que les gypaètes de la Colombière sont joueurs, ils sont taquins, ils m'observent de loin et dès que je suis dans l'incapacité de faire une photo, hop, ils viennent me saluer. En même temps, je suis vraiment con: pour faire 450 m, j'aurais du garder l'appareil sur l'épaule !

Malgré tout, je suis chanceux: à l'horizon, un autre gypa arrive, en sens inverse du premier, ils se croisent, et celui qui vient vers moi est encore loin, j'ai le temps de déballer l'appareil. Il est bien plus bas et en un seul cercle il remonte la combe sous mes pieds (150 m de D+ en 20 ou 30 secondes !). Il arrive sur moi, je l'ai dans le viseur ... clic clic clic. Je pense que j'ai de bonnes images. Je vérifie: déception, l'autofocus a accroché ... l'arrière plan: gypa flou sur toutes les images (sauf une, qui n'est pas géniale), et sur le GROS plan, où il passe à ma hauteur, beau profil sur fond de ciel bleu ... et bien j'ai cadré trop serré, il manque un bout de la queue !!! Il y a des jours comme ça, où on se dit que ça ne marchera jamais, les dieux sont contre nous ... et dans l'adversité il faut savoir renoncer sur le moment pour mieux revenir ensuite !

MAIS la journée n'est pas finie ! Et elle sera sauvée par un oiseau de taille modeste (65 à 80 cm d'envergure), mais aux couleurs vives et au comportement spectaculaire, photogénique, et relativement "facile" à photographier puisque la première phase de son comportement de chasse consiste effectuer un vol stationnaire, ailes et queue déployées: on dit qu'il fait le "saint esprit". Je suis situé très en hauteur, sur une ligne de crête ventée, au sommet de deux pentes d'herbe bien raides: une zone de chasse idéale pour le faucon crécerelle, qui va m'offrir quelques beaux clichés avec de jolis arrière-plan variés, parfois herbeux, parfois rocheux.

Bien sûr les gypaètes vont revenir me narguer à deux reprises, en passant tout près de moi, et je vais encore les rater complètement.

Ce n'était pas le jour des gypas, c'était le jour des crécerelles ... on ne peut pas tout avoir !

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