Le brame continue: lumière rose, bois et ... chamois

La chance ne sourit pas toujours. Le 1er octobre, en rejoignant mon poste d'observation, au détour d'un fourré, je suis tombé sur un faon en train de déguster les feuilles d'un arbuste. Il était à 10 m de moi, et me tournait le dos. Je n'avais pas fait de bruit et il n'avait pas remarqué mon arrivée. Ce n'est que lorsque j'ai amorcé la marche arrière qu'il s'est retourné. Évidemment, il a pris peur et s'est éloigné en faisant des petits bonds, pattes groupées, exactement comme le bambi des dessins animés. Il s'est arrêté à une centaine de mètres et s'est retourné. Visiblement il attendait quelqu'un. Sa mère. A quinze mètres sur ma droite, des branches bougent. Elle m'a forcément détecté, mais elle hésite à sortir du fourré. A ce moment là, le dérangement est déjà effectif. Je m'assois, pose le sac à dos, déballe l'appareil photo, règle la vitesse sur 1/1600 sec., la focale autour de 250 mm, et j'attends. Pas longtemps, quelques secondes seulement et la voilà qui déboule. En quelques foulées, elle a rejoint son faon. Ça s'appelle un dérangement en bonne et due forme. Je pense que ça arrive forcément, à tout le monde. Un peu comme avec les avalanches pour le ski de rando, à force de multiplier les sorties, statistiquement, la probabilité de se faire prendre augmente. J'avais pourtant bien scanné le terrain aux jumelles avant de quitter le sentier, mais la biche était dans les arbustes et le faon m'avait échappé.

Bien sûr, ensuite la biche a donné l'alerte. Elle a aboyé pendant 10 minutes au moins, tout en quittant le secteur. Je ne verrai pas un animal de toute la soirée. Boulette - Punition. Toute erreur se paie comptant.

Juste une image (une seule) pour tenter de sauver la journée: c'était LA journée où le décor était absolument royal, avec des teintes dorées, cuivrées, rouille.

Deuxième tentative de ce début octobre. Cette fois, l'approche se déroule sans encombre. Je m'installe tranquillement au pied des arbustes, dans le creux d'un vallon, et j'attends, appareil posé sur les genoux. Tout à coup, droit devant moi, un cerf brame. Dans la position idéale, parfaite: de face, sur la ligne de crête, avec sa silhouette qui se découpe sur l'arrière plan = LA photo. Il brame et j'ai l'appareil sur les genoux ! La scène est rapide: deux secondes, trois au maximum. L'image restera dans ma tête bien sûr. Mais pas sur la "pellicule".

Bien, cette apparition a mis fin à l'attente, maintenant ça bouge, place à l'action. Le cerf monte droit dans ma direction, entre deux rangées de vernes. Puis, une biche (avec son faon, sans doute la même qu'il y a quelques jours, elle habite ici j'en suis sûr) le détourne, il change de cap. Le faon est intercalé entre les deux, le cerf ferme la marche. Il tend le cou en direction de la biche, il semble sortir du sentier pour couper un virage, bondit au-dessus des myrtilliers, double le faon ... mais la biche a anticipé son accélération et elle est déjà loin (hors cadre en tous cas). Le cerf stoppe sa course, jette un regard dans ma direction, brame, et se dirige vers un petit collu que je connais bien. Endroit idéal pour un nouveau brame (mais de dos cette fois !). Et il disparaît.

Je m'attends à les voir revenir par la crête de la rive droite que je surveille attentivement. Au bout de quinze minutes, je me dis qu'ils ne reviendront pas et je décide de bouger, je vais passer dans la combe voisine.

C'est là que je tombe nez à truffe avec un chamois. Coup de bol, il ne donne pas l'alerte.

Quelques minutes plus tard (à 19h34), le ciel rosit. Le soleil est déjà sous l'horizon et les voiles nuageux renvoient une lumière chaude et orangée bien que très faible. Dans quelques minutes ce sera la pénombre. Le cerf qui bramait sous mes pieds et derrière un arbre (je l'entendais mais ne le voyais pas), a décidé de quitter sa cachette et monte la pente à ma droite. Malgré le peu de luminosité, je tente ma chance, à des vitesses variant entre 1/20 et 1/25 de sec. Le résultat est ... pas trop mal. En général les appareils photos "voient mieux" que l'œil humain dans la pénombre, et les images sont bien claires. Mais cette lumière chaude et rose a affolé le capteur, et les photos ont une "belle" dominante "magenta". J'ai été contraint de jouer avec les boutons pour atténuer ce déséquilibre des couleurs trop important, et j'en ai profité pour laisser libre cours à ma fantaisie: j'ai réalisé plusieurs séries avec différents réglages. Voici donc 5 photos. Sur la dernière, les bois du cerf sont un peu flous car il brame et il donne à sa tête un léger mouvement vers l'arrière, au 1/25, forcément ce mouvement a imprimé "la pellicule".

A noter: j'ai bivouaqué et suis resté deux jours sur place. Toutes ces images ont été réalisées le premier soir. Le deuxième jour (du matin jusqu'au soir): RIEN !

1ère série lumineuse. L'appareil y voit comme en plein jour, lumière à peine rosée.

2ème série assez lumineuse, avec des couleurs très saturées.

3ème série un peu sombre, lumière rosée, cadrage vertical.

4ème série, la plus "réaliste", sombre et lumière rosée.

5ème série, ma préférée: sombre et dé-saturée.

Cette fois, je suis allé directement sur le secteur "à droite", en descendant dans un thalweg bordé de vernes. Je me suis posté le plus à droite possible, le vent venant de la gauche.

Allongé dans les myrtilliers, je me redresse d'un bond. Un raire, très fort, juste à côté, à 50 ou 60 mètres, alors qu'il n'est que 17h05. Il a 1h30 d'avance, le soleil n'a pas encore disparu de l'autre côté de la montagne voisine !

J'écarquille les yeux. Où est-il ?? Là, derrière l'arbre, il s'avance et va passer sous mes pieds, à 25 ou 30 mètres. Il est caché derrière un gros buisson, seuls ses bois dépassent. L'autofocus accroche mal, mon choix d'utiliser un "groupe" de 4 collimateurs n'est pas pertinent, dans cette situation, ça fonctionne mal. Vite, il faut me souvenir, comment modifie-t-on les paramètres de l'autofocus, quel menu ? quel bouton ??? Pas de panique, du sang froid ... tout se passe bien, ça marche !!

Quelques raires, je vois la buée qui sort de sa bouche, mais il ne fait pas assez froid ni assez sombre pour qu'elle soit réellement visible sur les photos. Ensuite, il s'en va comme il était venu. Encore quelques images en plan large lorsqu'il s'immobilise sur la ligne de crête.

Ensuite c'est un daguet qui arrive par le haut. Il me repère et s'en va en aboyant. Je remballe mes affaires et change de côté. Je dis bonsoir aux chamois, toujours présents sensiblement au même endroit. Dans la combe gauche, aucun cerf, mais la biche et son faon sont toujours là, elle est cantonnée dans ce morceau de pente.

En conclusion, ces derniers jours, peu d'activité, ça brame un peu mais en comparaison de la fin septembre, c'est vraiment calme.

Les plus belles images du début octobre

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