Le brame, le vrai, enfin !!

Je renouvelle mes plus chaleureux remerciements à Pierre Raphoz, qui m'avait parlé de ce secteur très riche en animaux, car véritablement, ce coin ne présente que des avantages:

- La proximité: 30 minutes de route, 20 minutes de vélo et une petite heure à pied au maximum. En septembre ça peut même s'envisager après le boulot (à condition de partir à 16h !). En tous cas, pas besoin de prendre une journée entière de congé, l'après-midi suffit amplement.

- Le coin est très photogénique, même si les feuillus sont assez peu présents. La pente prend le soleil de la fin d'après-midi, parfait.

- Les chamois sont très présents aussi, pas seulement les cerfs. Et en quatre jours, j'ai vu passer l'aigle deux fois.

- Et puis surtout, les cerfs sont très actifs. J'ai pu observer une harde bien constituée, d'une bonne douzaine d'individus. Et il y a régulièrement des combats.

 

La semaine dernière était ma dernière semaine au brame 2018, aussi j'en ai profité au maximum, j'y suis allé quatre fois: mardi, jeudi, samedi et dimanche.

Premier jour: mardi 16 octobre

Je découvre les lieux. La pente est assez raide, herbeuse avec des myrtilliers et du genévrier (je ne suis pas très sûr, mais c'est une plante basse avec des aiguilles très pointues), quelques épicéas, plutôt clairsemés. Deux ou trois sentes horizontales coupent la pente à différentes altitudes, tracées sans doute par les moutons (qui ont visiblement été dé-montagnés, contrairement à ceux de mon précédent secteur), et empruntées maintenant par les cerfs. Il doit être aux environs de 16h, j'arrive sur une belle ligne de crête. Devant moi se présente une combe large (80 ou 100 m pour chaque rive, assez marquée, et totalement sans arbre, la forêt commence sur la rive opposée. J'admire le paysage quelques minutes, puis je décide d'avancer pour aller voir un peu plus loin. Je ne fais même pas dix pas qu'un raire résonne dans le bois d'en face. Stop, demi-tour. Caché derrière la ligne de crête, j'observe la lisière de la forêt. Rien, tout est calme. Mais la décision est prise: il est évident qu'il ne faut pas traverser la combe. La ligne de crête est longue: 400 m en distance pour un dénivelé de 300 ou 350 m. Je me poste un peu au hasard, à mi-hauteur. Pendant que j'installe l'appareil sur le trépied, le filet de camouflage ... un cerf brame à nouveau dans la forêt, puis j'entends des bruits secs, les mêmes bruits que dans le film de Vincent Munier. Pas de doute, deux cerfs sont en train de se battre sous le couvert forestier. Ça promet ! En trois ans de présence sur mon ancien secteur, jamais je n'avais entendu (et encore moins observé) le moindre combat. Et là, dès le premier jour, en moins d'une heure (je ne suis même pas encore installé): un combat ! Je n'ai encore fait aucune photo, mais j'ai déjà la banane jusqu'aux oreilles !

Progressivement, le soleil décline, la lumière devient rasante, les ombres s'allongent et, entre les épicéas de la rive opposée, quelques silhouettes commencent à apparaître. Ils sont à plus de 150 m, mais la lumière est belle. Un chamois se glisse furtivement entre un faon qui broute près de sa mère, et un gros cerf encore caché derrière une branche basse.

Un autre cerf pointe ses bois dans une clairière en bas de la pente.

Pendant une petite période de calme, je me retourne juste au bon moment pour voir (et photographier) un aigle qui passe au-dessus de la face Nord des Dômes de Miage.

Puis le soleil disparaît et la combe est plongée dans l'ombre. Et là, tout le monde sort: biches, faons, daguets, et cerfs. Un peu plus haut que moi, un mâle, très excité, brame et gratte le sol avec ses bois. Au bas de la combe, un autre lui répond. Le défi est lancé. Celui du haut descend, n'interrompant sa course que pour lancer un raire ou deux. Celui du bas monte à sa rencontre, c'est certain, l'affrontement est inévitable. Mais ils disparaissent derrière un sapin ! Mais qu'ils sont cons ces cerfs !!! Quelques bruits de bois qui s'entrechoquent, et les voilà qui apparaissent. Bon, ils sont un peu trop bas, ma position est trop haute et je les photographie en légère plongée, la lumière est bien faible, tout comme les contrastes ... bref les photos ne sont pas géniales (sauf peut-être une ou deux), mais la scène était vraiment terrible. En tous cas, un souvenir fantastique, et une motivation totalement reboostée pour y retourner dès que possible.

2ème jour: jeudi 18 octobre

Le surlendemain, me revoici au même endroit, peut-être une dizaine de mètres plus bas, sur ma ligne de crête. Cette fois, tout est calme, aucun bruit, pas de bataille. A 18h20 un gros chamois, portant déjà son poil d'hiver, remonte la combe, en s'arrêtant parfois pour frotter ses glandes "rétrocornales" contre un buisson de genévrier ou un bébé sapin. Visiblement, dans peu de temps (sans doute au retour des vacances !), ce sera au tour des chamois de former une harde, peut-être dans cette même combe ?

C'est à 18h35 que les premières biches sortent du bois, en file indienne sur le sentier. Un cerf frotte ses bois sur un petit épicéa. Toute la troupe s'éparpille et broute tranquillement tout en avançant dans ma direction, jusqu'à parvenir relativement près de moi, mais malheureusement, toujours un peu trop bas, et un peu masqués par une rupture de pente.

Ce soir je ramène surtout des "photos de groupe" (jusqu'à 11 individus sur la même photo). Un ou deux clichés plus resserrés sur le cerf, sortent un peu du lot. Et deux photos "spéciales Franck" du quartier de lune sur les Dômes de Miage. Une soirée paisible pour les animaux, très occupés à se remplir la panse.

3ème jour: samedi 20 octobre

Je me poste sensiblement au même endroit, c'est à dire à mi-pente environ, mais cette fois, "j'entre dans l'arène", c'est à dire que, au lieu de rester sur la ligne de crête, je m'avance de quelques mètres (10 ou 12 mètres) dans la combe, et je me planque derrière un bébé épicéa aussi large que haut.

Aux environs de 18h55, une biche et son faon avancent droit sur moi tout en broutant. Bien sûr, lorsqu'ils arrivent suffisamment près pour entendre le déclic du déclencheur, ils relèvent la tête et tentent de deviner ce que peut bien être cette grosse lentille ronde enveloppée dans un filet de camouflage.

A peine quelques minutes plus tard, c'est toute la harde qui traverse la combe, malheureusement bien plus haut, à près de 150 m de distance. Un gros mâle descend un peu en bramant, pendant que trois autres cerfs avancent au-dessus de lui, broutant paisiblement. Le calme est de courte durée: j'entends bientôt les bois qui s'entrechoquent. Mais je suis mal placé, le combat se déroule derrière mon épaule droite et je dois déplacer l'appareil photo et son trépied, de plus, il fait presque nuit et je ne vois que leurs dos qui dépassent derrière un talus. Bref, aucune photo de cette nouvelle scène d'affrontement. Par contre, deux cerfs qui s'approchaient de la ligne de crête m'ont offert leur silhouette presque entièrement découpée sur le ciel bleu nuit. Bon, ce sont des photos "quasi-nocturnes" qui valent d'avantage par l'ambiance que par leurs qualités esthétiques.

4ème jour: dimanche 21 octobre

Cette fois je me positionne plus haut, juste sous la sente bien marquée qu'ils ont empruntée la veille, ET j'avance un peu dans la combe (8 à 10 mètres).

De 18h20 à 18h35, j'observe un groupe de quatre individus (un daguet, un faon et deux biches à priori), très éloignés (ils se tiennent quelques dizaines de mètres sous l'arête sommitale). Je photographie tout de même le faon qui passe sa tête sous la mère pour téter. Trois chamois sont présents à la même hauteur mais plus à gauche.

A partir de 18h38, je réalise enfin une série de clichés que j'espérais depuis longtemps: des photos crépusculaires, mais avec un peu de lumière tout de même. La harde arrive et quelques individus viennent se promener sur la ligne de crête face à moi: d'abord une biche, puis son faon, et enfin le cerf. Je suis un tout petit peu trop loin, la distance n'est pas tout à fait idéale, mais c'est pas trop mal quand même. Sur la partie basse de la crête le ciel est encore rosé, et les silhouettes se détachent parfaitement facilitant le travail de l'autofocus. La série démarre à 18h38: vitesse: 1/800 sec, sous exposition: -1,33 IL et 250 ISO, trop facile. Dernière image, celle d'un chamois qui s'est pointé sur une épaule dominant les cerfs, à 18h57, 1/125 sec, pas de correction d'expo et 2000 ISO, "ça passe crême".

Ensuite, toute la harde a traversé la combe, dans ma direction, et un cerf est venu bramer relativement près de moi, mais dans des conditions de luminosité très difficiles, à 19h12, et avec un arrière plan bien sombre, hélas.

 

Voilà, étant donné la météo annoncée pour samedi prochain, ce sera sans doute ma dernière sortie au brame 2018.

Mais l'an prochain, je vais explorer d'avantage cette montagne, et je vais notamment aller voir de l'autre côté de cette combe, histoire de peut-être tenter de photographier ces animaux un tout petit peu avant le crépuscule.

Je pense que je vais même y aller dès le retour des vacances, car j'ai bien repéré les allées et venues de quelques chamois qui se promènent souvent sur la partie haute, près de l'arête sommitale, passant du versant nord au versant sud ... le programme du mois de novembre est tout trouvé !

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