LA GRANDE CASSE (3855 m)

Vous l'aviez bien compris à la lecture du chapitre précédent: après le massif de la Portetta, la Grande Casse s'impose comme une évidence.

 

La Grande Casse, c'est le plus haut sommet du département de la Savoie. L'itinéraire classique est celui des "Grands Couloirs", coté Peu Difficile à la montée, et 4.2 à la descente (41° sur 300 m). La majeure partie de la descente est orientée à l'ouest, la neige subit donc rapidement l'action du soleil et des vents dominants. On y fait donc rarement du grand ski. L'intérêt réside ailleurs, dans l'ambiance glaciaire, l'ampleur du panorama et la beauté du paysage.

 

Avec Seb nous décidons de tenter malgré tout une descente en poudreuse. Le plan météo est le suivant: il s'agit de monter au refuge un jour de mauvais temps (un jour de neige), et d'avoir du soleil le lendemain. Configuration qui se présente à nous début avril, en début de semaine: lundi Seb consulte les prévisions qui annoncent 15 à 20 cm de neige en journée de mercredi, puis grand soleil dès jeudi matin, le ciel devant se dégager dès le début de la nuit. Je réserve le refuge illico.

Le mercredi 4 avril 2007 (10 jours après le couloir des chamois avec Bougnat), en début d'après midi, nous sommes à Pralognan La Vanoise, au pied des pistes et sous la neige. Nous remontons les pistes tranquillement, un peu impressionnés tout de même par le fracas des coulées de neige qui dévalent la paroi nord du Grand Marchet. Au-dessus des Barmettes (où nous quittons les pistes de ski, à 2000 m) la trace est encore fraîche et malgré une visibilité un peu réduite, nous arrivons sans encombre au refuge du Col de la Vanoise (2516 m). Il y a pas mal de monde. Demain nous ne serons pas seuls sur la montagne !! Au dîner, dans un élan de curiosité, j'essuie avec ma manche la buée qui s'est formée sur la vitre, et là je n'en crois pas mes yeux: non seulement il ne neige plus, mais en plus, le ciel est bleu ! La nuit va être froide, promesse d'une neige légère demain matin.

 

Hélas, c'était compter sans l'action du vent. Les nuages ne sont pas partis tout seuls, il a bien fallu qu'Éole les chasse. Et au-dessus de 2500 m, ça souffle fort. Tant pis pour la poudreuse. A 7h, nous sommes parmi les derniers à quitter le refuge. Nous n'aurons qu'à suivre la trace: économie d'énergie, pas de temps perdu à rechercher le meilleur passage, la montée s'annonce bien. Jusqu'au "replat" qui marque le passage du cap des 3000 m, nous montons régulièrement, en mode pilote automatique. Derrière nous, l'immense plateau des Glaciers de la Vanoise s'étend sur plus de 7 km depuis la Réchasse jusqu'au Dôme de l'Arpont (et même 10 km jusqu'à la Pointe de Labby), vaste désert blanc. Au-dessus de 3200 m, la pente se redresse et Zéphyr entre en jeu. Nous rattrapons nos prédécesseurs qui ont tous mis la capuche. Le pilote automatique est désactivé, maintenant c'est le mode "bataille". Les 300 mètres sous le Col des Grands Couloirs (3700 m) vont vendre chèrement leur peau. Nous croisons les doigts pour que cette histoire ne se termine pas en mode Waterloo, Bérézina ou Azincourt (ou Alésia ?? non non, pas Alésia !!)

 

Un groupe de quatre traverse vers la droite (rive gauche donc), une zone dominée par un sérac et où la glace bleue est parfois apparente. Ils finiront crampons aux pieds et skis sur le sac.
Je choisis de rester en rive droite où la pente me semble moins raide. Nous doublons un couple (d'après mon souvenir, mais c'était il y a 10 ans !!). Je prends donc le relais et trace au mieux, sans trop me poser de questions. J'avance bille en tête, face au vent. Un ski après l'autre, une longueur après l'autre, les conversions s'enchaînent et progressivement la pente s'adoucit. Rétrospectivement, je me dis aujourd'hui qu'il y avait là de la neige fraîche posée sur une sous-couche un peu dure et lisse, du vent (fort), une pente à 40° qui "se couche" progressivement (donc convexe), bref, tous les ingrédients étaient réunis pour une avalanche de plaque. Le site de Data Avalanche recense trois avalanches à cet endroit (rive droite et même altitude): le 07 mai 2007, le 07 mai 2012, et le 02 mai 2013. Heureusement, ce jour là, la montagne nous a laissé passer.

 

Une fois le col franchi, le vent se calme. Il ne reste plus que 150 m de dénivelé pour atteindre le sommet par une pente en neige un peu dure, mais c'est une formalité. Le panorama est splendide. J'observe un peu le départ du couloir des Italiens et la Petite face Nord. Bon, pour aujourd'hui, on se contentera de la descente "classique" par les Grands Couloirs. Seb arrive au sommet, il est 11h38. Nous avons mis 4h30 pour monter les 1355 m de D+, soit du 300 m/h. Avec un sac bien lourd (corde et tout le bazar pour un itinéraire sur glacier, piolet, crampons ...), du vent et un sommet à plus de 3500 m. C'était une "petite" allure et une arrivée tardive au sommet, qu'il aurait fallu compenser par une pause courte au sommet. Hélas nous ne débutons la descente que vers 12h30 (nous sommes les derniers à descendre) et dans la grande pente des Grands Couloirs, la poudreuse s'est déjà un peu alourdie sous l'effet du soleil. La descente fut "encore correcte" sur la partie haute, mais sous 3000 m il a fallu faire attention à ne pas se tordre un genou.

Au final donc: pas du grand ski, mais de la belle randonnée, en haute montagne.

Les photos de Seb sont ici.

 

Les miennes sont .

 

Vous noterez un décalage dans l'heure indiquée sur les données Exif. Je pense que c'est l'appareil de Seb qui était bien réglé !!

Cette Grande Casse 2007, descendue par les Grands Couloirs, dans une neige "qui-aurait-pu-être-meilleure", ne fut qu'un apéritif, une mise en bouche.

Vue depuis le sommet, la Petite Face Nord m'avait parue splendide.

La Petite Face Nord, c'est une grande pente de 500 m dont l'inclinaison varie entre 40 et 45°, cotation de montée: AD- , cotation de descente: 5.1 , c'est l'entrée dans le dernier échelon de l'échelle de cotation. Cerise sur le gâteau: c'est orienté N-E (N-N-E pour être précis !), la "meilleure" orientation possible pour conserver la neige bien poudreuse.

 

La saison 2007-2008 fut un peu spéciale pour moi:

 

- Tout d'abord, suite à une opération du LCA sur mon genou droit en août 2007, à cause d'un match de foot auquel je n'aurais JAMAIS dû participer, ma saison de ski n'a débuté que très laborieusement par deux sorties en raquettes: le 18 novembre 2007 au Mt Jovet, et le 24 janvier 2008 sous les couloirs de la Pointe de Balme où j'ai regardé skier les copains !! Le 18 novembre 2007, je suis monté au sommet du Jovet (2558 m) depuis le hameau de La Cour (1529 m), au-dessus de Bozel, et j'étais arrivé totalement livide, à bout de force, lessivé jusqu'aux orteils. Et voici l'image de ce qui m'attendait à la table d'orientation du Mt Jovet: Seb avec sa boîte de sandwichs, Bougnat avec son inamovible grosse veste, son Laguiole et son morceau de fromage (du Cantal peut-être ??).

Seb et ses boîtes de sandwichs, Bougnat et son fromage.
Seb et ses boîtes de sandwichs, Bougnat et son fromage.

Bien, mais ensuite, après 3 autres sorties en raquettes, à partir de février 2008, j'ai mis les bouchées doubles et la fin de saison fut absolument mémorable, avec beaucoup de randonnées en haute montagne, une dernière sortie en skis le 20 juin au Dôme de neige de l'Aiguille des Glaciers, et une première petite course d'alpinisme bien réussie à la Pointe Centrale de Tré La Tête par le Petit Mt Blanc.

 

- La deuxième raison pour laquelle cette année a été un peu particulière tient au fait que j'ai très, très souvent skié à Pralognan:

J'ai d'abord fait une première sortie "test" sur les pistes, avant l'ouverture. Je suis monté un peu plus haut que les chalets de la Glière, jusqu'à 2100 ou 2200 m environ. Genou OK.

Puis le 13 mars: col de la Grande Casse (3091 m) avec presque toute la fine équipe: Seb, Jérôme et Jean Louis (ne manquait que Bougnat !!).

Le 15 mars: col sud de la Glière (3159 m).

Le 27 mars: Roc du Blanchon, avec Seb et Jean Louis, des nuages et quelques flocons.

Le 5 avril: traversée des cirques, seul et très matinal (départ à 4 du mat'): Pic de la Vieille Femme à 8h, col du tambour à 9h05, col du Petit Marchet à 9h50, et col du Grand Marchet à 11h15, descente sous le cirque du Dard et la Petite Aiguille de l'Arcelin. 

Et enfin, la 6ème sortie de cet hiver 2008 au départ de Pralognan: La Petite Face Nord de la Grande Casse, le 23 mai 2008.

Cette fois pas de nuit en refuge, nous partons en pleine nuit. La 307 monte vaillamment jusqu'à 1750 m environ (soit un peu plus haut que le parking habituel des Fontanettes). Mais à cette altitude, il n'y a déjà plus de neige, il nous faut donc marcher. Nous faisons le choix de porter les chaussures de ski (en plus des skis et de tout le matériel glaciaire: corde, broches ...) pour marcher en baskets et conserver ainsi la souplesse des chevilles. Départ pédestre à 3h du mat'. Nous trouvons la neige aux chalets de la Glière (2050 m). Changement de chaussures, nous laissons les baskets sous un rocher en espérant qu'aucune marmotte par l'odeur alléchée ne viendra nous les boulotter ! Nous chaussons les skis, et en avant ! Nous connaissons le secteur sur le bout des spatules et nous ne sommes pas là pour faire du tourisme. A 6h30 nous sommes au col. Petite pause au soleil. 50 m devant nous, une cordée démarre la longue traversée de la face nord pour aller chercher l'axe du couloir des Italiens.

Et puis c'est notre tour: courte traversée skis aux pieds sous les rochers, et on change de matériel: on chausse les crampons et on empoigne le piolet, on fixe les skis sur le sac, et c'est parti pour 550 m d'ascension. Au début tout roule: Seb a une motivation et une patate d'enfer, il fait la mobylette devant. Derrière, je monte tranquilou, à mon rythme. 550 m, c'est long ! Au bout d'un moment, je rattrape doucement mon Seb-traçosaure ! La pente se raidit un peu, il n'a qu'un piolet, j'en ai deux, je passe devant. Les gros séracs suspendus au milieu de la face, à notre gauche, me servent de repère: au départ ils étaient loin au-dessus de nos têtes (à 7h10), puis nous nous sommes élevés à leur hauteur (8h30), et maintenant nous sommes au-dessus, il est 9h15 et le sommet n'est plus très loin. La glace non plus d'ailleurs, n'est plus très loin sous les crampons. J'hésite un peu: tirer à droite pour rejoindre une zone moins pentue mais où la couche de neige recouvrant la glace semble de plus en plus mince. Ou bien monter tout droit: c'est plus raide, mais l'épaisseur de neige est suffisante. Concertation rapide avec Seb: tout droit. 9h54: je sors sur la crête qui marque le "sommet" de la petite face Nord. Nous nous en contenterons car le topo indique que le vrai sommet de la Grande Casse implique un aller-retour de 2h !! Nous y sommes allés l'an dernier, cette année on est là pour skier la Petite Face Nord, en bonne neige ! Sur la crête, on se restaure, on fait quelques photos, on enlève les peaux de phoque, et puis ...

- "Bon t'es prêt ??"

- "Ouai, chuis prêt"

- "Bon alors c'est parti !"

Les deux premiers virages se font dans une pente "raisonnable" et bien large (rien à voir avec le couloir de Portetta), MAIS la glace n'est recouverte que de 5 à 10 cm de neige légère. Avec une prise de carre modérée et bien dosée, je trouve que c'est suffisant. Mais Seb "n'y aime pas" ! Vite, nous traversons vers la droite (en direction de notre trace de montée) pour retrouver une couche de neige plus rassurante. Ensuite ... c'est "monstre bon": des bons virages bien appuyés (les cuisses sont encore en bon état) dans une neige douce, qui autorise une bonne petite vitesse. Les 550 m sont avalés en moins de 15 minutes ! Retour au col puis fin de la descente en neige de printemps transformée juste à point (moquette à poil moyen). Retour au point baskets vers 12h30, voiture à 13h30. Une très belle course en montagne, rondement menée, excellentes conditions de neige (sauf pour les 30 m sous le sommet), assurément un très gros souvenir dans ma mémoire.

Les photos ET le récit de Seb (une douzaine de lignes, c'était vraiment une GROSSE BELLE rando !!!) sont ici.

 

Les miennes sont là, sur skitour.

2008 fut une saison faste en montagne. 2009 fut l'année de ma rencontre avec Véronique, le 19 février pour être précis.

 

Véronique sait skier (plutôt bien même si elle n'utilise pas ses bâtons) mais elle ne fait pas de ski de randonnée. Elle fait de la randonnée pédestre et elle a fait de l'escalade, mais pas d'alpinisme. Nous avons donc fait quelques petites sorties en raquettes.

 

Mais voilà, à cette époque je suis à fond dans la "haute montagne". Et Véronique m'avoue qu'elle aimerait bien monter une fois à 3000 m. Ça tombe bien, j'ai un plan ! Ça fait longtemps que j'ai en tête le projet de relier Pralognan à Champagny, en traversée par le glacier et le col de la Grande Casse (qui culmine à 3091 m) puis descente par le glacier de Rosolin. Ce ne sera pas véritablement de l'alpinisme, dans la mesure où c'est tout plat (hormis les 30 derniers mètres sous le col), ce sera plutôt de la randonnée glaciaire.

 

Le 24 mai 2009, nous allons louer une paire de grosses chaussures pour Véronique, et zou on laisse une voiture à Champagny (au Laisonnay d'en Bas) et on file à Pralo. Je gare la 307 au niveau du Nant de la Crépéna à 1740 m. Le refuge du col de la Vanoise est à peine 800 m plus haut. Petite contrariété pour Véronique: le gué du lac des vaches est recouvert d'une "mini-banquise" et ça l'inquiète, elle n'aime pas ça. Bon, en réalité c'est beaucoup plus rigolo que dangereux !

Au refuge nous nous installons dans la partie "libre" (non gardée). J'ai monté de quoi préparer à manger. Nous passons la soirée en compagnie de deux ou trois autres cordées (dont une va au couloir des Italiens).

Le lendemain, réveil matinal, petit déjeuner, et départ aux environs de 4h00. J'ai prévu large pour l'horaire car je sais que Véronique ne marche pas très vite. 600 m de D+ et 3,250 km nous séparent du col. Je prévois d'y arriver aux environs du lever de soleil, entre 6h30 et 7h. Malheureusement, après le passage de la moraine j'ai pris la précaution d'encorder Véronique (alors que toutes les fois où nous sommes venus skier ici avec les copains, je n'ai jamais sorti la corde du sac !). Du coup, elle a pris conscience que nous sommes sur un glacier, et même si je lui certifie qu'il n'y a pas de crevasses (je le sais car j'y suis passé aussi en automne, quand il n'y a plus de neige, ce qui rend d'éventuelles crevasses visibles), et bien ma Véronique commence à gamberger dans sa tête et même si elle affirme vouloir toujours aller au col, et bien, elle n'avance plus, elle est tétanisée ! Bref, arrivée au col à 9h00 !! De l'autre côté la pente est orientée à l'Est et la neige commence à ramollir. Mais nous serons dans le sens de la descente et je me dis que nous allons pouvoir accélérer. Une cordée de skieurs nous rattrape et file sur le glacier de Rosolin. Véronique est toujours motivée pour effectuer la traversée et continuer sur l'itinéraire prévu, elle ne veut pas faire demi-tour. Nous entamons donc la descente sur Champagny. Véronique a toujours le sourire, mais le rythme n'est toujours pas très rapide. Après 2 km sur le glacier de Rosolin, nous plongeons dans la combe des Planus qui est encore enneigée presque jusqu'au replat à 2000 m, ce qui facilite un peu la descente. A 13h nous sommes au "lac" de la Glière (qui n'a de lac que le nom), où Véronique peut enfin tremper ses ripatons surchauffés dans le torrent qui descend directement du glacier ! Après neuf heures de marche, nous nous octroyons une grosse pause bien méritée !! Mais la descente jusqu'au parking du Laisonnay d'en Bas est encore longue (5 km sur une piste à 4x4) pour 500 m de D-. Cette descente sera le véritable calvaire de ma véronique qui finira "en crabe" à cause de grosses douleurs aux genoux.

 

Encore une grande (et longue) aventure dans le secteur de la Grande Casse, Véronique a adoré, mais elle jure qu'elle ne mettra plus jamais les pieds sur un glacier !

Je ne suis pas un photographe professionnel. J'ai un métier que j'exerce à temps complet. Je suis simplement un "photographe randonneur" passionné de montagne et de nature, la photographie est un loisir que je pratique pendant mon temps libre, en pur amateur. Photographier des animaux sauvages exige de passer beaucoup de temps sur le terrain.

 

Néanmoins je me ferai un plaisir de répondre à vos questions et à vos demandes aussi rapidement que je le pourrai. N'hésitez pas à me contacter:

 

M. Cyril DESAGE

Chedde

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