La traversée des cirques de Pralognan

Pralognan, encore.

Parce que Pralognan, c'est grand.

Certes c'est une station, mais une station "familiale", dont le domaine skiable reste "raisonnable": 12 remontées mécaniques, 24 pistes, pour un total de 26 km. Une puce coincée entre les gigantesques usines à ski, les immenses domaines skiables des Trois Vallées et de Paradiski.

 

Tout autour de Pralognan, les étendues "sauvages" sont immenses, et s'étendent sur trois étages:

1- Le fond de vallée: du village de Pralognan (1420 m) le vallon du doron de Chavière monte jusqu'aux chalets d'alpage de Ritort à 1972 m. La route est goudronnée jusqu'au parking des Ruelles, peu après le hameau des Prioux (1712 m). Mais l'hiver elle sert de piste de ski de fond dès la sortie du village de Pralognan, jusqu'au pont de Gerbon (1592 m), ensuite c'est raquettes ou skis de randonnée.

2- La rive droite de ce torrent est bordée de pentes assez raides (potentiellement avalancheuses), orientées globalement à l'ouest, et parsemées de sentiers qui permettent d'accéder à toute une série des vallons "d'altitude" (entre 2200 m et 2650 m), orientés sur un axe plus ou moins Nord / Sud, et généralement bordés à l'Est par d'imposantes barres rocheuses dont la ligne de crête ne descend jamais sous les 3000 m. Au bas de chacun de ces vallons, se trouve un petit lac ou une zone humide, alimenté par une grande chute d'eau tombant directement du plateau glaciaire. En été: eau fraîche garantie. En hiver: les chutes d'eau forment des cascades de glace, les lacs sont gelés et recouvert de neige, le fond des vallons est une véritable "fosse à froid" (bien connue de tous les gens qui savent creuser des igloos).

3- Au sommet de ces barres rocheuses: le plateau glaciaire de la Vanoise.

 

"Notre" itinéraire de cette traversée des cirques consiste à décrire une boucle sur les étages 1 et 2 (alors que celui du toponeige de Leïla et Volodia Shahshahani, décrit par "Bubu" (Fred. Bunoz), inclut l'étage supérieur des glaciers). Bien sûr, j'avais lu le toponeige, mais un jour de ce fameux printemps 2008, l'envie m'a pris d'y aller seul. Ne pouvant pas raisonnablement me balader tout seul sur des glaciers crevassés (même si UNE fois je traverserai seul et à pied, les 1500 m qui séparent le Dôme des Nants du Dôme de Chasseforêt, soit 3 km aller et retour, ce sera un peu plus tard, le 29 août 2008), j'ai décidé de me contenter du deuxième étage.

Le 5 avril 2008, après être tombé du lit au milieu de la nuit, je suis sur le parking de Pralognan à 4 heures du mat'. En mode somnambule, j'enquille l'interminable piste jusqu'aux Prioux: 4,500 km pour gagner 300 m de D+. Aux Prioux, je quitte la route et mets toutes les cales (les cales sous les talons. Un cycliste dirait qu'il met "tout à gauche"). Le sentier monte droit dans la pente, au milieu des vernes (donc impossible de tracer les habituels zig-zags), ça réveille !!

Au replat à 2200 m, je traverse à gauche et passe d'une pente orientée Nord (neige douce) à une pente orientée sud (à 6 du mat' = neige béton). Je suis globalement le sentier d'été qui coupe une pente raide, et passe au-dessus d'une petite barre. Zipette interdite: je chausse les couteaux. A l'altitude 2250, je décide de remonter un couloir sur ma droite, qui me semble moins pentu que la traversée en dévers qui conduit au refuge de la Valette. Une autre solution aurait été possible, sans doute meilleure car moins raide (sauf les 20 derniers mètres) et surtout moins exposée: monter par le col des Thurges, mais l'idée ne m'est pas venue !! À 8h00 je débouche à un petit col (2680 m) à gauche du sommet du Pic de la Vieille Femme (nom réel et exact, regardez sur la carte), altitude 2739 m. Lever de soleil splendide sur les glaciers de Gébroulaz. Et première descente de la journée dans une excellente neige bien froide et bien légère. Descente très agréable, mais courte jusqu'au lac de la Valette (le tout petit lac de gauche): 220 m de D- !

Vite je remets les peaux pour une tout aussi courte remontée jusqu'au point 2608, à gauche du col du Tambour: 150 m de D+. Arrivée au col du Tambour: 9h05.

Deuxième descente sur le lac du Cirque du Petit Marchet: 215 m de D- ! Neige toujours aussi agréable à skier: une neige froide comme en janvier !

La remontée suivante est tellement courte qu'on n'en parlera pas: je passe plus de temps à re-coller les peaux (en bas, 9h30) et les décoller (en haut, 9h50) qu'à effectuer la grimpette !

Dans la descente suivante (sur le cirque du Grand Marchet), la neige est tellement enivrante que j'en oublie le topo. Topo qui disait que le bas de la pente était barré par une petite falaise, et que les deux "sorties de secours" se trouvaient sur les côtés, un couloir à gauche, et à droite: une traversée en diagonale sur une écharpe de neige assez large. Plongé dans une godille effrénée, j'ai skié au plus près de la ligne de pente, tout droit. Bon, bien sûr, quand j'ai vu arriver le bord de la barre rocheuse, je me suis posé des questions, j'ai freiné, et je me suis même arrêté ! Et puis vous connaissez le dicton: quand on a pas de tête ... on a des jambes ! On déchausse, et on remonte, à pied, les skis à la main, avec de la neige aux genoux. Heureusement, je n'ai pas eu à remonter trop loin. J'ai vite repéré le passage en écharpe de la rive droite, et j'ai donc pu continuer ma descente le plus tranquillement du monde.

Arrivé sur le replat du cirque du Grand Marchet (10h20), la dernière remontée du circuit ne fait pas rigoler: 270 m de D+, dans une pente assez raide, et au soleil. Une petite transpirée, et finalement, ça passe plutôt bien. Au col à 11h15, je suis plutôt content. La longue convalescence (suite à l'opération du LCA du genou droit), est oubliée, la forme est revenue. Ce tour est très joli, sauvage à souhait, je n'ai vu absolument personne, aucune trace humaine. Et le dessert est sous mes spatules: 800 m de descente sauvage en poudreuse, en versant Est puis Nord, via le cirque du Dard (11h45)  puis la combe du torrent du Dard, jusqu'aux pistes de la station, puis enfin les derniers 300 m en grandes courbes sur les pistes.

Parking à midi. Un excellent moment de huit heures passées en montagne, comme je les aime, avec une sensation d'isolement total, quelques heures dans le noir total, une nuit sans lune, puis les lumières douces de l'aube, un parcours en boucle avec 4 franchissements de cols, du bon ski dans une neige froide (un 5 avril !!), avec un passage un peu alpin, et un col un petit peu corniché, bref une bien belle aventure. Reconnaissance effectuée, expérience positive ... à refaire avec les amis.

Le partage de cette aventure s'est fait attendre. Mon départ en Haute Savoie, la route des Gorges de l'Arly ... ce n'est qu'en 2014 que Seb et moi parcourons ensemble cette jolie boucle. J'ai alors 43 ans, je ne fais plus beaucoup de ski de randonnée ... je vends à Seb l'idée du refuge de la Valette. Joli refuge situé à 2600 m, dans un cadre splendide, qui nous évitera le départ à 4h du matin, impossible pour moi en venant de Passy, sauf à venir dormir sur place avec le fourgon, la veille au soir.

 

Le 06 mars 2014, nous voici donc de retour en Vanoise, à Pralognan. Re-belote les 4,5 km de piste jusqu'aux Prioux ! Re-belote la montée dré dans l'pentu au milieu des vernes.

Mais nous ne montons pas directement au Pic de la Vieille Femme, cela aurait été trop simple, trop facile, trop court. Si j'ai vendu à Seb l'idée du refuge, lui en revanche m'a vendu l'idée du Roc du Blanchon, hé oui c'est ça la complémentarité !! Roc du Blanchon: 2748 m, déjà skié le 27 mars 2008, petit détour qui nous permettra de faire une petite descente et quelques virages en bonne neige ... et qui ME permettra d'arriver au refuge complètement rincé, lessivé, KO, les cuisses en feu, à la limite des crampes. En effet, la remontée au col des Thurges, 400 m de D+ dans une pente sud, en plein soleil entre 13h30 et 15h40 (hé oui, quand on est pas pressés, on lambine !!) sera pour moi un véritable calvaire, je déteste la chaleur.

Arrivée au refuge de la Valette: 16h10. Et là ce qui est rigolo, c'est la neige que le vent a accumulé devant la porte: 1m70 ! La pelle est accrochée au mur, au-dessus de la porte. Les cuisses avaient bien travaillé toute la journée, mais les bras étaient jaloux !! Bon, on dégage la porte, on ouvre, on entre. Il fait frisquet. On regarde le thermomètre: -5° ! (oui oui, MOINS 5° !) Il y a du bois, une scie, une hache.

Vous savez, dans les vieux dessins animés le héro avait parfois un petit ange perché sur une épaule, et un diablotin sur l'autre, chacun lui commandant de suivre un chemin différent ... À ce moment précis, Seb et moi avons tous les deux un petit ange qui nous houspille:

- "Comment ça tu voulais te reposer ??? Dépêche-toi de couper du bois, fainéant !!"

Une fois le poêle allumé ... hé bien, il est l'heure de mettre en route le repas. Bon, c'est du lyophilisé (Polenta au fromage), mais il faut tout même ajouter de l'eau (donc faire fondre de la neige), et faire chauffer tout ça.

Bon, ensuite, le couchage: nous avons le choix: soit de vrais lits, situés dans l'un des petits chalets annexes, non chauffés, soit rester dans notre chalet chauffé à + 8°, et se contenter de simples matelas en mousse posés sur les tables (+ des couvertures). Dormir dans un refuge non chauffé, on sait ce que c'est, on a déjà donné, c'était du 6 au 7 février 2011, au refuge Durier, au col de Miage à 3360 m. On dormira sur les tables. Au matin, j'aurai les hanches un peu endolories du fait que je dors sur le côté et que le matelas mousse est un peu mou et pas bien épais. Mais au moins, les chaussures, et surtout les chaussons des chaussures de ski, n'ont pas gelé !! Ils ont même bien séché, posés devant le poêle.

Le lendemain, départ du refuge en descente. Ça c'est "top classe", même si la descente est très courte. C'est tellement rare, en ski de rando, de commencer la journée par une descente (en fait c'est tout à fait exceptionnel: c'est la seule et unique fois, ça ne nous était jamais arrivé), que la fatigue de la veille est complètement oubliée. Fait tout aussi rarissime: le D+ total de la journée ne dépassera pas les 500 m ! Une vraie balade de fainéants !

Par contre, le tout premier "re-peautage" dans la fosse à froid du lac de La Valette nous laissera un souvenir impérissable: même avec les gants, j'attrape l'onglée, et une des peaux de Seb se décolle. Il devra faire la moitié de la première ascension avec une seule peau, conservant l'autre dans sa veste pour la réchauffer et la faire tenir.

Toute la suite se passe absolument sans encombre. Nous descendons sur le cirque du Grand Marchet par le couloir de la rive gauche, dont l'entrée mal enneigée nous oblige à gratter quelques cailloux. Au col du Grand Marchet, nous sommes accueillis par une bonne douzaine de chamois. La descente sur le cirque du Dard puis dans la combe du Dard, est absolument magistrale: la neige est excellente, les cuisses sont "fraîches", bref du grand ski comme on l'aime.

Un seul regret: que l'ami Bougnat n'aie pas été là. Une certitude, c'est une randonnée que je referais avec grand plaisir. Tout comme la brèche Portetta, et peut-être aussi la Petite Face Nord. De quoi réfléchir à un séjour "rando" à Pralognan ?

Nico, si tu m'écoutes ... Bougnat et puis Stéphanie ... comme je le disais à l'époque: "Les volontaires, un pas en avant !"

 

PS: pour ce circuit, on peut même envisager une vraie solution de fainéant, en prenant les remontées mécaniques de Pralognan, en allant dormir au refuge du col de la Vanoise, puis en remontant gentiment les 9 km de glaciers tout plats jusqu'au Dôme des Nants. J'ai aussi une autre idée depuis Val Thorens et les glaciers de Gébroulaz, avec le refuge de Péclet Polset. Beaucoup de choses peuvent s'imaginer ... la machine à idée n'est pas morte !!

Ci-dessous quelques photos de Seb et de moi:

Je ne suis pas un photographe professionnel. J'ai un métier que j'exerce à temps complet. Je suis simplement un "photographe randonneur" passionné de montagne et de nature, la photographie est un loisir que je pratique pendant mon temps libre, en pur amateur. Photographier des animaux sauvages exige de passer beaucoup de temps sur le terrain.

 

Néanmoins je me ferai un plaisir de répondre à vos questions et à vos demandes aussi rapidement que je le pourrai. N'hésitez pas à me contacter:

 

M. Cyril DESAGE

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