mar.

11

déc.

2018

Cerfs et biches dans la neige, mais ...

... mais tout n'apparaît pas sur les images, tout n'entre pas dans l'appareil photo. Certes, si je me trimbale un sac de 10 ou 12 kg, hors sentier, dans la forêt, dans la neige, dans des pentes parfois raides, c'est surtout pour tenter de ramener des photos. Mais une grande partie des souvenirs que je ramène ne sont pas sur la carte mémoire de l'appareil, ils sont dans ma tête, et ce ne sont pas des "souvenirs d'affût", ce sont des "souvenirs de chemin":

C'est par exemple, en fin de journée, ce lièvre (un lièvre commun, pas un lièvre variable), pris dans le faisceau de mes deux lampes, et qui a cavalé devant mon VTT, à la descente, pendant ... peut-être 500 m. Après deux lignes droites sur ses talons, j'ai stoppé, pour le laisser s'enfuir tranquillement ou au moins le laisser prendre de l'avance. Il s'est arrêté lui aussi, au milieu du chemin, s'est assis et m'a regardé, en ayant l'air de dire "Alors la tortue, déjà fatiguée ??". Nous avons donc continué la descente, lui devant, visiblement sur un rythme "de croisière" me laissant croire que je pourrais le doubler, mais lorsque je suis arrivé presque à sa hauteur, il a accéléré, et à la sortie de la forêt, il a quitté le chemin pour filer dans le pré.

Plus récemment, c'est avec Lionel Hausseguy, (cheveux longs et petites lunettes rondes), accompagné d'un ami, que j'ai partagé un bout de chemin.

 

Enfin, beaucoup moins rigolo, c'était hier samedi (-7° au parking à 1150 m d'altitude et à 7h30): exceptionnellement (et peut-être même pour la toute première fois), j'étais parti sans appareil photo, seulement avec une paire de jumelles et une doudoune légère dans le sac (+ gants et bonnet). Comme à chaque fois depuis l'ouverture de la chasse, je suis allé dans une "réserve de chasse et de faune sauvage = chasse interdite". Je viens de vérifier sur la carte disponible ici, mise à jour le 22/08/2018: je me trouvais absolument et sans aucun doute ni discussion possible, à l'intérieur du périmètre de la réserve. J'étais dans la forêt, en train de chausser mes petits "crampons forestiers" (à cause de 10 cm de neige au sol) lorsqu'un chien s'est mis à aboyer, près du hameau situé à 400 ou 500 mètres en contrebas, sur ma gauche. J'avais déjà entendu un ou deux coups de fusil, qui avaient claqué sur la montagne d'en face (donc hors de la réserve). Rapidement, les aboiements se sont déplacés, de la gauche vers la droite, puis ils se sont rapprochés. Clairement, le chien suivait le chemin que je venais de parcourir. Sur ce chemin, 50 mètres en dessous de moi, sont arrivés une biche et son jeune, au trot, voir à une allure de "trot accéléré". Ils ont marqué un arrêt de 3 secondes et la biche a bifurqué pour prendre la sente dans la forêt et monter ainsi droit sur moi !! J'étais debout, jumelles en mains, et totalement éberlué. Ils m'ont vu bien sûr, mais n'ont absolument pas tenu compte de ma présence, ils sont passés à moins de 10 mètres de moi (peut-être à 5 ou 6 mètres). Moins d'une minute après, le chien est arrivé, portant collier de chasse avec un numéro de téléphone, et collier GPS avec émetteur (avec une antenne de 20 cm). J'ai tenté de le bloquer, sans succès, je lui ai seulement fait perdre une petite vingtaine de secondes. Et me voici donc parti sur les traces de la biche et du chien. Je précise que ce secteur de la forêt est truffé (ou bien "farci") de traces de cervidés en tous sens. J'ai compris que la biche était certainement allée trouver refuge dans une zone plus raide et bien enneigée, relativement proche. Rapidement le chien a cessé d'aboyer. Je suivais une trace bien marquée, dans une pente bien praticable, lorsque le chien m'a doublé en passant quasiment entre mes jambes ! A partir de là, je l'ai vu zigzaguer à droite et à gauche, visiblement il avait perdu la piste. J'ai tenté une fois ou deux de l'attirer à moi, mais je n'avais ni sandwich ni croquettes, pas de saucisson, pas de jambon, pas de fromage, rien !! Suivant toujours mon "autoroute à cerfs" (tracée maintenant dans 20 cm de neige), j'ai fini par rattraper le chien (une petite chienne en fait), toute grelottante contre le tronc d'un épicéa, la barbiche prise dans des catons de neige. Cette fois, elle s'est laissée approcher par Tonton Cyril !!! Après avoir tenté (en vain) de la mettre dans le sac à dos, j'ai bricolé une laisse avec la lanière de mes jumelles et la dragonne d'un de mes bâtons ... et puis retour au parking, et direction la gendarmerie.

J'ai entendu la discussion téléphonique entre le gendarme et le propriétaire de la petite chienne: le chasseur savait parfaitement où se trouvait sa chienne !

Hier c'était le 15 décembre. Depuis plusieurs jours les températures sont négatives et la neige recouvre le sol. Les animaux doivent lutter contre le froid, et gratter la neige pour se nourrir d'une maigre végétation, la neige rend leurs déplacements plus difficiles. Ils sont maintenant clairement dans une période où ils doivent lutter chaque jour pour leur survie. Et maintenant, voilà que des chiens de chasse viennent leur courir après dans un secteur qui théoriquement a été défini par la préfecture (en accord avec les associations de chasse j'imagine) comme une zone refuge pour la faune !!

Bon, sinon, j'ai tout de même fait quelques photos, mardi dernier (le jour où j'ai rencontré Lionel Hausseguy). Le week-end précédent, j'avais laissé mon trépied et mon filet de camouflage dans la forêt à 1800 m environ (je n'avais pas du tout anticipé les chutes de neige), et je devais donc aller les récupérer. A ma grande surprise, j'ai trouvé une harde de biches avec "leur" cerf, à la même altitude, qui prenaient le soleil (qui passait très bien au travers de quelques petits nuages de brume) sur une croupe un peu déneigée par le vent.

Je suis donc resté 32 minutes couché dans la neige (sans tapis de sol ni doudoune !) sous un épicéa (donc à l'ombre), à attendre une scène ou des postures, des positions intéressantes). Distance entre eux et moi: 200 mètres. Après ces 32 minutes, mes capacités de résistance au froid étaient épuisées et j'ai dû m'en aller !!

Juste avant cette scène avec les biches et le cerf: une photo prise "par un trou de serrure" (c'est à dire entre les branches d'un épicéa): deux chamois très occupés à re-peupler la montagne, et pas gênés le moins du monde par les deux biches juste au-dessus d'eux !!

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sam.

08

déc.

2018

Arrivée timide de la neige

Ce n'est encore que le début. Le sol n'est pas gelé, du moins pas en versant sud, et la fine couche de neige qui m'embête le matin lorsque je monte, ne résiste pas au soleil de l'après-midi. Mais c'est suffisant pour mettre un peu de blanc sur les photos, et surtout, ce week-end, ça change !

Voici donc encore quelques photos de chamois, toujours au même endroit, essentiellement des silhouettes qui se détachent sur la crête, sauf pour une photo où un mâle vient marquer un rocher en se frottant le haut du front contre une roche un peu saillante.

Dernière image de la série: un membre du couple d'aigles qui habite dans le coin vient passer devant les Dômes de Miage. Photographié au 220 mm (seulement) car juste après une photo de "paysage" (un gros dépôt d'avalanche dans le vallon de Miage, la 1ère de la saison, mais image nulle), et j'ai oublié de repositionner la focale sur 400 mm, gros inconvénient du zoom (par rapport à une focale fixe) pour les photographes étourdis ... bon ça permet de redonner toute sa valeur à l'environnement haute montagne ... toujours cette notion "samivellienne" de l'insignifiance et de la grandeur.

Aujourd'hui en bonus, une petite vidéo de 5 minutes.
Cette semaine, avec Véronique nous sommes allés voir la projection de "Montagne en scène", et le film qui a ouvert la séance était cette pépite de Jean Baptiste Chandelier (parapentiste virtuose), c'est une ode à la glisse et au rythme, tout en grandes courbes, à la montagne et en bord de mer, sur la neige et sur l'eau, c'est léger et facétieux, l'amuse-gueule parfait qui s'avale sans faim. Et donc cette vidéo se trouve sur Youtube, et je la relaie ici avec une pensée spéciale à Olivier qui m'a dit une fois que s'il n'avait pas fait de voile il se serait dirigé vers le parapente, et à Nico et Seb, mes deux potes de ski.
Voici deux commentaires que j'ai relevés (en anglais mais ça se comprend tout seul):

"This guy is part bird".

"Cool anti-gravity backpack".

Et une troisième phrase qui apparaît dans le film sur le pare-brise d'une voiture (brésilienne je crois): "Jesus nao esta morto".

Place aux images:

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dim.

18

nov.

2018

Place aux chamois

Les arbres ont laissé choir leurs manteaux chatoyants; ils offrent leurs branches aux bourrasques de foehn qui font valser dans l'azur les premiers flocons. Les couleurs s'estompent, les cerfs broutent en silence, le froid tombe sur les pentes et les combes. L'automne se retire, place à l'hiver, place au "cornu".

 

Bon, ces quatre lignes m'ont épuisé, je vais emprunter la suite à Samivel. Même si je ne partage pas complètement le caractère jusqu'au-boutiste de certains de ses propos, j'adhère totalement à ces deux phrases:

 

"Pour l'homme ou le poisson, le cerf ou bien l'oiseau, tout ce qui vit sur terre, en l'air ou sous les eaux, manger, aimer, penser ... dépend souvent d'un mot, et ce mot là, c'est "territoire"." (extrait de La Dame du Puits).

D'une part, cette notion de territoire saute aux yeux véritablement, lorsqu'on observe les chamois en cette saison: ils parcourent les pentes pour marquer chaque arbuste, chaque buisson, ou pour les renifler longuement, ils se postent en hauteur sur les crêtes afin de surveiller tout ce qui se passe "chez eux".

Et puis c'est aussi un beau sujet de réflexion, à l'heure de la mondialisation, des bouleversements climatiques et des chamboulements géo-politico-économiques qui génèrent des déplacements de populations (Venezuela, Syrie, Brexit, plombier polonais, incendies en Californie, ouragans sur la côte Est des E-U ...) ... Vous avez quatre heures, thèse - anti-thèse - synthèse, je ramasse les copies !!!

 

La deuxième citation ... c'est LA phrase lumineuse, celle qui traduit et résume parfaitement toute la poésie de la montagne, toutes les émotions nées de mes lectures de jeunesse et de mes randonnées (surtout à l'automne et en hiver):

"Le trésor caché au fond des solitudes, c'est la mesure simultanée d'une insignifiance et d'une grandeur". (Extrait de Le Fou d'Edenberg).

Bon, j'espère que certaines des images qui suivent dévoilent un petit bout de ce trésor caché (même la deuxième photo sur laquelle vous ne verrez rien d'autre qu'un simple ballon rouge qui transporte une carte par delà les cols et les montagnes, poussé par le foehn).

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dim.

21

oct.

2018

Le brame, le vrai, enfin !!

Je renouvelle mes plus chaleureux remerciements à Pierre Raphoz, qui m'avait parlé de ce secteur très riche en animaux, car véritablement, ce coin ne présente que des avantages:

- La proximité: 30 minutes de route, 20 minutes de vélo et une petite heure à pied au maximum. En septembre ça peut même s'envisager après le boulot (à condition de partir à 16h !). En tous cas, pas besoin de prendre une journée entière de congé, l'après-midi suffit amplement.

- Le coin est très photogénique, même si les feuillus sont assez peu présents. La pente prend le soleil de la fin d'après-midi, parfait.

- Les chamois sont très présents aussi, pas seulement les cerfs. Et en quatre jours, j'ai vu passer l'aigle deux fois.

- Et puis surtout, les cerfs sont très actifs. J'ai pu observer une harde bien constituée, d'une bonne douzaine d'individus. Et il y a régulièrement des combats.

 

La semaine dernière était ma dernière semaine au brame 2018, aussi j'en ai profité au maximum, j'y suis allé quatre fois: mardi, jeudi, samedi et dimanche.

Premier jour: mardi 16 octobre

Je découvre les lieux. La pente est assez raide, herbeuse avec des myrtilliers et du genévrier (je ne suis pas très sûr, mais c'est une plante basse avec des aiguilles très pointues), quelques épicéas, plutôt clairsemés. Deux ou trois sentes horizontales coupent la pente à différentes altitudes, tracées sans doute par les moutons (qui ont visiblement été dé-montagnés, contrairement à ceux de mon précédent secteur), et empruntées maintenant par les cerfs. Il doit être aux environs de 16h, j'arrive sur une belle ligne de crête. Devant moi se présente une combe large (80 ou 100 m pour chaque rive, assez marquée, et totalement sans arbre, la forêt commence sur la rive opposée. J'admire le paysage quelques minutes, puis je décide d'avancer pour aller voir un peu plus loin. Je ne fais même pas dix pas qu'un raire résonne dans le bois d'en face. Stop, demi-tour. Caché derrière la ligne de crête, j'observe la lisière de la forêt. Rien, tout est calme. Mais la décision est prise: il est évident qu'il ne faut pas traverser la combe. La ligne de crête est longue: 400 m en distance pour un dénivelé de 300 ou 350 m. Je me poste un peu au hasard, à mi-hauteur. Pendant que j'installe l'appareil sur le trépied, le filet de camouflage ... un cerf brame à nouveau dans la forêt, puis j'entends des bruits secs, les mêmes bruits que dans le film de Vincent Munier. Pas de doute, deux cerfs sont en train de se battre sous le couvert forestier. Ça promet ! En trois ans de présence sur mon ancien secteur, jamais je n'avais entendu (et encore moins observé) le moindre combat. Et là, dès le premier jour, en moins d'une heure (je ne suis même pas encore installé): un combat ! Je n'ai encore fait aucune photo, mais j'ai déjà la banane jusqu'aux oreilles !

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lun.

15

oct.

2018

Mi-octobre: un brame en sourdine et en pointillés

Incroyable mais vrai: les cerfs de mon secteur habituel sont venus à bout de ma patience, de ma ténacité et de ma pugnacité !

Je n'ai pas compté combien de fois je suis monté là haut, mais j'ai tenté de me poster à des endroits différents, espacés parfois de 900 m (à vol d'oiseau), j'ai découvert une place intéressante (très photogénique) ... mais le butin photographique et le nombre d'observations intéressantes est resté désespérément maigrichon.

Les fins d'après-midi ont toujours été très calmes et silencieuses, les cerfs ne se réveillant doucement qu'après que le versant soit plongé dans la pénombre. Quelques raires se font alors entendre de ci de là.

Une fois j'ai vu un cerf sortir du couvert forestier. Il a failli sortir sur le replat où j'espérais réussir un joli cliché, mais au dernier moment il a rebroussé chemin (peut-être perturbé par un fanion de balisage rouge et jaune, car c'était la veille du Trail des Aiguilles Rouges !) ... il a donc fait demi-tour avant de commencer à gravir la pente dans laquelle je m'étais posté ! J'aurais pu faire un très très gros plan (à moins de 10 m !) mais je n'ai jamais réussi à le mettre dans le viseur ! Et lorsqu'il a vu bouger la lentille du téléobjectif, il a décampé.

J'ai aussi repéré une harde qui à l'inverse des autres, semble rester en permanence sur les alpages, au-dessus de la forêt. Totalement inapprochable pour moi.

Le seul cerf dont j'ai pu tirer le portrait pendant cette première quinzaine d'octobre, est resté planqué pendant 30 minutes derrière un gros épicéa, ne laissant apercevoir que sa tête, ce qui donne tout de même une photo sympa, avec de belles couleurs d'automne (à 18h41). La photo suivante (à 19h09) n'est là que pour prouver qu'il a tout de même fini par se montrer (dans la pénombre !).

Voici donc une petite série de photos composée essentiellement d'images d'ambiance, la montagne en automne étant toujours particulièrement belle, même si cette année il n'y a eu ni givre ni brume matinale (en tous cas pas pour l'instant).

Sur la troisième photo, l'effet de "flou vertical" est volontaire et il est causé par les grandes tiges des graminées (typiques de cette saison) qui se trouvent juste devant l'objectif.

Et donc, je confirme ma phrase introductive: je laisse tomber ce secteur: trop éloigné, trop de cailloux sur le chemin (qui parfois sautent sauvagement sur mes tibias lors de la descente en VTT), et des cerfs trop timides. En plus j'ai été "obligé" de faire plusieurs trajets entièrement à pied parce que j'avais "perdu" les clés de l'antivol du vélo. En réalité "perdu" signifie qu'elles étaient posées sur un meuble à l'appartement au lieu d'être dans le sac à dos (sans doute un acte manqué de mon cerveau reptilien qui veut m'entraîner dans l'aventure du trail ???). Bref, donc je vous annonce que je change de coin.

 

En fait je devrais même dire que j'ai changé de coin (avant-hier soir), et c'était un peu exceptionnel ("moyen +" sur le plan strictement photographique mais fabuleux à observer et à entendre ... un grand merci à Pierre R. qui m'avait conseillé cet endroit il y a ... un an ou deux ??). Les photos arrivent bientôt.

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Je ne suis pas un photographe professionnel. J'ai un métier que j'exerce à temps complet. Je suis simplement un "photographe randonneur" passionné de montagne et de nature, la photographie est un loisir que je pratique pendant mon temps libre, en pur amateur. Photographier des animaux sauvages exige de passer beaucoup de temps sur le terrain.

 

Néanmoins je me ferai un plaisir de répondre à vos questions et à vos demandes aussi rapidement que je le pourrai. N'hésitez pas à me contacter:

 

M. Cyril DESAGE

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